C'était le 1er Janvier 1999. Trois ans avant l’arrivée des pièces et des billets en euro dans la vie quotidienne des Européens, la zone euro naissait officiellement. C’est l’occasion de faire le
bilan des succès mais aussi des difficultés rencontrées par la monnaie unique, alors que le monde traverse une période de ralentissement économique sans précédent depuis les années 1930.
Un anniversaire tout en discrétion. Pour les 10 ans de la création de l’euro, les Etats membres de la zone se contenteront d’émettre une pièce de 2 euros strictement identique dans tous les pays,
sans aucun symbole national. Mais aucune cérémonie officielle n’est prévue. Pourtant, ces derniers mois, de nombreux analystes ont vanté les mérites de la monnaie unique. Pour le président de la
Commission européenne José Manuel Barroso, par exemple, "il protège les entreprises contre la volatilité des taux de change qui les avait durement touché lors de phases de récession
précédentes". La zone euro est aussi considérée comme un havre de stabilité des prix.
Mais les atouts de la monnaie unique ne s’arrêtent pas là. La monnaie européenne est aujourd’hui partagée par 16 pays, avec l’arrivée ce premier janvier de la Slovaquie dans la zone. Ce sont
désormais plus de 329 millions de personnes qui vivent sous ce régime monétaire, ce qui représente 16,5% de la richesse mondiale. Résultat : en 10 ans, l’euro s’est hissé au rang de deuxième
devise mondiale, avec 27% des réserves de change mondiale, derrière le dollar. Et pour certains, ce classement pourrait même s’inverser dans les 5 ans.
Bouclier contre la crise
Devenu une monnaie forte, l’euro aurait permis de combattre l’actuelle crise économique bien plus que n’auraient pu le faire des monnaies européennes disparates, dont certaines auraient
pu subir des dévaluations successives. A tel point que certains pays jusque là sceptiques face à la monnaie unique, comme le Danemark et la Suède, la regardent désormais avec moins de
méfiance.
Enfin, ces dernières semaines, la monnaie unique s’est appréciée, notamment par rapport à la livre sterling. Confrontée à un ralentissement très fort de l’économie, à une hausse du chômage et à
des baisses de taux de la Banque d’Angleterre, la monnaie britannique a en effet perdu plus de 25% contre l’euro en 2008, et se rapproche de la parité avec la monnaie unique. L’euro serait donc
devenu une valeur refuge pour les investisseurs.
Gouvernance économique ?
Mais si l'euro a aussi permis de renforcer la convergence des économies européennes, notamment avec la création de l'Eurogroupe, il n’a pas pour autant permis l’émergence d’une véritable
politique économique commune. Tout d’abord, la zone euro n’a toujours pas de représentation propre dans les forums internationaux, comme le Fonds monétaire international. De plus, même si les
pays de la zone euro se sont accordés récemment sur un plan de relance coordonné pour faire face à la crise, les divisions entre grands pays européens, notamment la France et l’Allemagne, ont
montré que les choses restent difficiles.
Autre problème : les différences de croissance entre les différents pays de la zone euro, avec l’apparition de pays qui vont être durablement en croissance très faible, comme l’Espagne et
l’Italie. Car jusqu’à aujourd’hui l’euro n’a pas eu à traverser de grande période de récession généralisée. La crise économique actuelle va donc représenter un test crucial pour la monnaie unique
en 2009. Pour faire face au ralentissement économique, il est fort probable que les pays les plus touchés par la crise mettront de côté les règles de bonne conduite de la zone : plus de limite
aux déficits publics, oubli des règles de la concurrence (soutien massif aux secteurs en difficultés comme l’automobile…).
Enfin, l’image de la monnaie unique souffre encore d’un important déficit de confiance de la part des citoyens européens. Ainsi, selon l’Insee, plus d’un Français sur quatre pensent encore
uniquement en francs pour ses dépenses alimentaires. Et ce n’est sans doute pas un hasard si la Commission européenne a arrêté de réaliser des sondages sur le sujet depuis fin 2006. A l’époque,
plus de 30% des Français estimaient que l’euro présentait plus d’inconvénients que d’avantages, et ce taux était en constante augmentation.
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